Ce mois-ci on parle de :

Waterloo de Patrick Pirlot et Eco sur -BDGest’ :

Fausse route de Joseph Incardona et Vincent Gravé.
 une magnifique interview de Joseph Incardona et Vincent Gravé pour [Fausse route-> art72]
 et une critique sur BDGest’ :
 sur SUD-OUEST :
 sur : Evène. Chronique de Mikaël Demets
 La première page suffit à nous rassurer : le voyage dans cette ‘Fausse route’ va être inoubliable. Dès ses premiers traits, Vincent Gravé instaure une ambiance glacée, pesante, qui colle aux basques du lecteur tout au long de cet album haletant. Poursuivi par ses implacables geôliers, Bobo le détenu court dans la nuit sombre, au milieu d’un décor lugubre, à peine apaisé par une couche de neige dangereuse, qui le gèle à chaque foulée. Autour de lui, le dessinateur esquisse, d’un trait hargneux et vif, comme à main levée, une nature inquiétante, peuplée d’arbres morts et de corbeaux moqueurs, ou des friches industrielles désincarnées, vestiges qu’une civilisation que l’évadé tente de retrouver. Comme esquissée dans une suie poisseuse, expressionniste jusque dans le lettrage, l’esthétique de l’album semble porter en elle toute la rage et la frustration de l’homme à la tenue rayée. Et si quelques effets, comme ce molosse déformé qui poursuit l’enfermé qui ne veut plus l’être, semblent exagérés, ils concourent en fait à créer une atmosphère agressive, angoissante, presque fantastique parfois. La réussite de cet album est d’autant plus aboutie que cette ambiance graphique remarquable porte une écriture efficace, confiée à un habitué du genre : le romancier Joseph Incardona. Ses mots bien pesés sont simples, efficaces, et quelques trouvailles, comme ces phrases sans illustrations qui concluent chaque chapitre, accentuent encore leur poids. Le scénario, finalement très classique, dans la plus pure ambiance noire, tient la distance avec aisance, et, même si l’on sait que cela ne peut que mal finir, parvient tout de même à nous marquer dans son dénouement. Alliance d’une écriture sûre d’elle, parfaitement maîtrisée, et d’un noir et blanc absolument sublime, ‘Fausse route’ s’apparente à ce qui se fait de mieux lorsque le 9e art adapte les codes du polar.